La ou les charges mentales ?

Acte I (dans mon petit théâtre perso) : La blogueuse Emma publie une bande dessinée intitulée « Fallait demander », expliquant en termes simples ce qu’est la « charge mentale ».
Charge mentale = ne pas juste « faire » la moitié des tâches du foyer, mais également les organiser. Faire le travail de planification en amont. Assumer la responsabilité psychologique de penser à tout. Un travail pas immédiatement visible, donc.
Le concept n’est pas neuf mais les mots et les dessins font mouche : bingo, sa BD devient virale.

Acte II : Les journaux s’emparent du buzz, les témoignages affluent. Cool ! Sur Causette.fr, Maïa Mazaurette publie son témoignage à titre perso, qui désempare beaucoup de monde. Quoi, une des féministes françaises les plus respectées, qui confie son sentiment d’échec au sein de son propre couple, son abattement, sa fatigue ? Il y a de quoi être consternée.

Acte III : Curieuse, je demande son avis à une autre journaliste que j’apprécie, Géraldine Dormoy de Café Mode. Elle trouve le témoignage de Maïa profondément déprimant, dit ne pas s’y reconnaître : « On sent (…) qu’elle rame encore beaucoup personnellement. Ça m’étonne d’elle. » OK… mais dit comme ça, on a presque l’impression que Maïa est personnellement responsable de cet échec, et ça me dérange un peu.

Acte IV : Pour ma part, je m’y suis reconnue, dans le témoignage de Maïa. La BD d’Emma a parlé aux gens qui n’avaient pas trop conscience du problème, ou pas les mots pour en parler (au plus grand nombre, donc). Mais Maïa, elle, met le doigt sur un autre problème : le sentiment de frustration généré par le décalage entre comment on se perçoit (féministe conscientisée) et le quotidien, qui peut sembler… eh bien, pas à la hauteur des aspirations.
Finalement, en croisant ça avec le témoignage de Géraldine, qui se déclare plus chanceuse, je me dis la chose suivante : on a beau être soi-même une féministe avertie, essayer d’en parler dans son couple, si le partenaire ne fait pas l’investissement d’aller lire, se documenter, réfléchir… ça ne marche pas.
Très souvent nos partenaires attendent de nous qu’on soit pédagogue, qu’on leur explique, qu’on les mène vers un mode de vie plus égalitaire. Si rien ne change dans le couple, la culpabilité de l’échec repose encore sur les femmes… une charge mentale d’un autre genre !
Moi-même, j’aurai plus tendance à penser « J’ai échoué à le convaincre du bien-fondé de mes arguments » plutôt que « Il n’en fiche pas une ramée pour essayer de comprendre en quoi c’est important ».

Voilà pourquoi j’ai envie de parler de charges mentales au pluriel. Parce qu’il y a :
1) la charge mentale classique, relative à l’organisation. Penser aux corvées et pas juste les faire.
2) la charge mentale relative à l’égalité. Penser l’égalité dans son couple, et pas juste la faire.
= La pression pour réussir à faire advenir l’égalité au sein du couple.
Soit : se documenter, de réfléchir en amont où se situent les inégalités. Et aussi réussir à guider un partenaire qui serait de bonne volonté mais aurait simplement besoin d’être éclairé.
C’est une charge mentale d’un autre genre : si tu n’es pas satisfaite, tu ne peux t’en prendre qu’à toi même, tu n’as pas été assez bonne pédagogue. A toi de concevoir un programme pédagogique. A horizon 4 ans, avec des séquences logiques, et des quiz en fin de chapitre s’il vous plaît.

 

 

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